DMARC, SPF et DKIM : empêcher l’usurpation de votre nom de domaine par e-mail
N’importe qui peut envoyer un e-mail qui affiche votre adresse comme expéditeur. SPF, DKIM et DMARC permettent aux messageries de démasquer ces faux : voici comment les configurer pas à pas, sans bloquer vos propres envois.

Le protocole d’envoi des e-mails date d’une époque où tout le monde se faisait confiance : rien n’empêche un inconnu d’écrire comptabilite@votre-entreprise.fr dans le champ « De ». C’est la base de nombreuses campagnes d’hameçonnageHameçonnage (phishing)Escroquerie qui imite un expéditeur de confiance (banque, fournisseur, collègue) par e-mail, SMS, appel ou QR code pour pousser la victime à cliquer, à livrer ses identifiants ou à payer. (phishing) et des fraudes au faux fournisseur ou au faux dirigeantFraude au président (FOVI)Escroquerie où un fraudeur se fait passer pour un dirigeant, un fournisseur ou un avocat afin d’obtenir d’un salarié un virement urgent et confidentiel vers un compte qu’il contrôle. : vos clients reçoivent un message qui semble venir de chez vous, avec un nouveau RIB ou un lien piégé.
Trois enregistrements DNS, SPF, DKIM et DMARC, permettent aux messageries de vérifier qu’un e-mail vient bien de vous et de rejeter les autres. Ils sont gratuits, mais encore mal appliqués.
Ce chiffre, issu de notre baromètre des 100 plus grandes villes, montre que même des organisations importantes laissent leur nom utilisable par n’importe quel fraudeur.
Pourquoi votre nom de domaine intéresse les fraudeurs
Un e-mail usurpé est efficace parce qu’il emprunte la confiance que vos clients, vos fournisseurs et vos salariés vous accordent. Le fraudeur n’a pas besoin de pirater votre messagerie : il lui suffit que personne, de l’autre côté, ne puisse vérifier l’expéditeur.
Les conséquences dépassent la fraude elle-même : clients escroqués qui se retournent contre vous, réputation abîmée, et vos vrais e-mails qui finissent en indésirables parce que votre domaine a servi à du spam.
SPF, DKIM, DMARC : trois mécanismes, un seul objectif
SPF : la liste des expéditeurs autorisés
SPF (Sender Policy Framework, RFC 7208) est un enregistrement TXT publié sur votre domaine. Il liste les serveurs autorisés à envoyer des e-mails pour vous : votre messagerie, votre outil de newsletter, votre logiciel de facturation. Le serveur destinataire compare l’adresse IP de l’expéditeur à cette liste.
Limite importante : SPF vérifie l’adresse technique de retour (l’enveloppe, « MAIL FROM »), pas l’adresse visible par le lecteur. Seul, il n’empêche donc pas l’usurpation de l’adresse affichée.
DKIM : la signature de chaque message
DKIM (DomainKeys Identified Mail, RFC 6376) ajoute à chaque e-mail une signature numériqueSignature numériqueMécanisme cryptographique qui prouve qui a signé un document ou un logiciel et garantit qu’il n’a pas été modifié depuis.. Votre serveur signe avec une clé privée ; la clé publique correspondante est publiée dans votre DNS, sous un nom appelé sélecteur. Le destinataire vérifie que le message n’a pas été modifié et qu’il a bien été signé par le domaine annoncé. Google recommande des clés de 2 048 bits (1 024 bits au minimum).
Avantage de DKIM : la signature survit au transfert d’un message par un intermédiaire (liste de diffusion, redirection), là où SPF échoue souvent.
DMARC : la règle du jeu et les rapports
DMARC, dont la norme a été mise à jour en mai 2026 (RFC 9989, qui remplace la RFC 7489), fait trois choses :
- il exige que SPF ou DKIM réussisse avec un domaine aligné sur l’adresse visible « De » ;
- il indique au destinataire quoi faire des messages qui échouent :
none(ne rien faire de particulier),quarantine(indésirables) oureject(rejet) ; - il vous fait envoyer des rapports par les messageries qui reçoivent des e-mails à votre nom.
L’alignement, la notion qui change tout
Un fraudeur peut très bien faire réussir SPF avec son propre domaine technique, tout en affichant le vôtre dans le champ « De ». L’alignement ferme cette porte : DMARC ne réussit que si le domaine validé par SPF ou par DKIM correspond à celui de l’adresse visible.
En mode souple (par défaut), facturation.example.com est aligné avec example.com. En mode strict (adkim=s, aspf=s), il faut une correspondance exacte.
Ce qu’exigent Gmail, Yahoo et Outlook.com
Les grandes messageries ont transformé ces bonnes pratiques en conditions de remise :
| Messagerie | Depuis | Qui est concerné | Exigences principales |
|---|---|---|---|
| Gmail | 1er février 2024 | Tous les expéditeurs | SPF ou DKIM, taux de spam sous 0,3 % |
| Gmail | 1er février 2024 | Plus de 5 000 messages par jour vers Gmail | SPF, DKIM et DMARC (p=none accepté), alignement, désabonnement en un clic |
| Yahoo | Février 2024 | Expéditeurs en volume | SPF et DKIM, DMARC au moins p=none, alignement, désabonnement en un clic |
| Outlook.com, Hotmail, Live | 5 mai 2025 | 5 000 messages ou plus vers ces messageries grand public | SPF et DKIM, DMARC au moins p=none et aligné ; sinon rejet (erreur 550 5.7.515) |
Ces règles visent surtout les gros expéditeurs, et elles acceptent p=none. Elles améliorent votre délivrabilité, mais ne suffisent pas à protéger votre domaine : pour cela, il faut aller jusqu’à quarantine ou reject.
Les enregistrements DNS types
Voici des exemples pour le domaine fictif example.com, à adapter à vos services :
| Mécanisme | Nom DNS (TXT) | Valeur d’exemple | Rôle |
|---|---|---|---|
| SPF | example.com |
v=spf1 include:_spf.messagerie.example ip4:203.0.113.10 -all |
Autorise votre messagerie et un serveur, refuse le reste |
| DKIM | s1._domainkey.example.com |
v=DKIM1; k=rsa; p=MIIBIjANBg… |
Clé publique fournie par votre service d’envoi |
| DMARC (observation) | _dmarc.example.com |
v=DMARC1; p=none; rua=mailto:dmarc@example.com |
Ne bloque rien, envoie les rapports |
| DMARC (protection) | _dmarc.example.com |
v=DMARC1; p=reject; sp=reject; rua=mailto:dmarc@example.com |
Rejette les faux, sous-domaines compris |
Pour un domaine qui n’envoie jamais d’e-mail (ancien nom, domaine de marque), verrouillez-le complètement :
example.net. TXT "v=spf1 -all"
_dmarc.example.net. TXT "v=DMARC1; p=reject; sp=reject; rua=mailto:dmarc@example.com"
Les fraudeurs adorent les domaines que vous possédez sans les utiliser : personne ne surveille ce qui part en leur nom. Deux lignes DNS suffisent à les rendre inutilisables.
Déployer DMARC sans bloquer vos propres e-mails
Passer directement à p=reject est le meilleur moyen de faire disparaître vos factures ou votre newsletter. La bonne méthode est progressive.
Étape 1 : inventaire. Listez tout ce qui envoie des e-mails à votre nom : messagerie, site web (formulaires), newsletter, CRM, logiciel de facturation ou de paie, outil de support, imprimantes et copieurs qui envoient des scans.
Étape 2 : SPF et DKIM partout. Pour chaque service, ajoutez-le à votre SPF et activez DKIM avec votre domaine (chaque prestataire sérieux fournit les enregistrements à publier).
Étape 3 : DMARC en observation. Publiez p=none avec une adresse rua. Les messageries vous enverront des rapports agrégés, en général quotidiens, au format XML : quelles adresses IP ont envoyé des e-mails à votre nom, en quelle quantité, et avec quel résultat SPF, DKIM et DMARC. Ces fichiers sont illisibles à l’œil nu : utilisez un outil d’analyse de rapports DMARC. Si l’adresse rua appartient à un autre domaine que le vôtre (celui d’un prestataire), ce domaine doit l’autoriser dans son DNS : votre prestataire s’en charge en général.
Étape 4 : corriger. Pour chaque source légitime qui échoue, corrigez SPF ou DKIM. Ce qui reste en échec et que vous ne reconnaissez pas, ce sont des usurpations : la preuve que la protection est utile.
Étape 5 : quarantine, puis reject. Quand les rapports ne montrent plus d’envoi légitime en échec pendant plusieurs semaines, passez à p=quarantine, observez encore, puis à p=reject.
Beaucoup de guides conseillent encore pct= pour appliquer la politique à une partie des messages. La norme de mai 2026 (RFC 9989) l’a retiré, car il était mal appliqué : elle prévoit à la place un mode test, t=y. Le plus sûr reste de durcir par étapes en s’appuyant sur les rapports.
Les pièges classiques
- Deux enregistrements SPF. En ajoutant un service, on crée souvent un second TXT
v=spf1. La norme impose alors une erreur permanente : SPF échoue pour tous vos messages. Fusionnez tout dans un seul enregistrement. - Plus de 10 requêtes DNS. SPF limite à 10 les mécanismes qui déclenchent une requête DNS (
include,a,mx,ptr,exists,redirect), y compris ceux desincludeimbriqués. Au-delà : erreur permanente. Supprimez les services abandonnés, remplacez ce qui peut l’être par desip4ouip6, ou confiez un sous-domaine dédié à la newsletter. - Les sous-domaines oubliés. Sans
sp=, vos sous-domaines suivent la politiquep. Un sous-domaine qui envoie (par exemplenews.example.com) doit avoir son propre SPF et sa propre signature DKIM. La norme de 2026 ajoute aussinp=pour les sous-domaines qui n’existent pas, souvent utilisés par les fraudeurs. - Les prestataires d’envoi oubliés. Newsletter, CRM, facturation, recrutement, billetterie : un outil qui envoie avec votre adresse sans DKIM aligné sera bloqué dès
quarantine. Les rapports DMARC servent précisément à les débusquer. - Un SPF trop permissif.
+allautorise toute la planète à envoyer pour vous : à proscrire.
DMARC protège votre domaine exact. Il n’empêche pas un fraudeur d’acheter un domaine sosie (example-factures.com) ni d’afficher seulement votre nom devant une autre adresse. La vigilance des équipes reste indispensable : le chapitre Hameçonnage et ingénierie sociale explique comment repérer ces faux.
Vérifier votre configuration
Checklist à dérouler une fois par trimestre, et à chaque nouveau service d’envoi :
- Un seul enregistrement TXT
v=spf1sur le domaine, qui se termine par-allou~all. - Moins de 10 requêtes DNS dans SPF,
includeimbriqués compris. - DKIM actif pour chaque service d’envoi, signé avec votre domaine, clé de 2 048 bits si possible.
- Un enregistrement
_dmarcavec une adresseruaqui reçoit réellement des rapports. - Une politique
quarantineoureject, avec une date cible si vous êtes encore enp=none. - Les domaines dormants verrouillés (
v=spf1 -alletp=reject). - Un test réel : envoyez un e-mail vers une boîte Gmail ou Outlook.com et affichez l’original ; les lignes
spf=pass,dkim=passetdmarc=passdoivent apparaître.
Pour un regard extérieur, l’audit de confidentialité de KrakenShield contrôle notamment la présence et la politique de vos enregistrements SPF et DMARC, avec les corrections à appliquer.
Votre surface d’attaqueSurface d’attaqueEnsemble des points par lesquels un attaquant peut tenter d’entrer dans votre système d’information ou d’en extraire des données : services exposés sur Internet, applications, comptes, équipements, prestataires et personnes. ne se limite pas à vos serveurs : votre nom de domaine en fait partie. Quelques lignes DNS bien posées suffisent à empêcher qu’il serve d’arme contre vos propres clients.
À retenir
- SPF liste les serveurs autorisés à envoyer pour votre domaine, DKIM signe vos messages, DMARC dit aux destinataires quoi faire des faux et vous envoie des rapports.
- DMARC ne réussit que si SPF ou DKIM réussit avec un domaine aligné sur l’adresse visible de l’expéditeur : c’est l’alignement qui bloque l’usurpation.
- Une politique p=none ne protège personne : c’est une phase d’observation, à faire évoluer vers quarantine puis reject grâce aux rapports rua.
- Pièges fréquents : deux enregistrements SPF, plus de 10 requêtes DNS dans SPF, sous-domaines oubliés et prestataires d’envoi non déclarés (newsletter, CRM, facturation).
- Gmail et Yahoo depuis février 2024, Outlook.com depuis le 5 mai 2025 exigent SPF, DKIM et DMARC des expéditeurs en volume.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre SPF, DKIM et DMARC ?
SPF publie la liste des serveurs autorisés à envoyer des e-mails pour votre domaine. DKIM ajoute à chaque message une signature vérifiable grâce à une clé publiée dans le DNS. DMARC relie les deux à l’adresse visible de l’expéditeur, indique au destinataire quoi faire des messages qui échouent (rien, quarantaine, rejet) et vous envoie des rapports.
Une politique DMARC p=none protège-t-elle mon domaine ?
Non. Avec p=none, vous demandez aux messageries de ne rien faire de particulier des messages qui échouent : vous recevez seulement des rapports. C’est une étape indispensable pour repérer vos envois légitimes, mais seules les politiques quarantine et reject empêchent réellement un faux e-mail d’arriver en boîte de réception.
Peut-on avoir deux enregistrements SPF sur un même domaine ?
Non. La norme SPF (RFC 7208) prévoit qu’un domaine qui publie plus d’un enregistrement commençant par v=spf1 produit une erreur permanente : SPF échoue alors pour tous vos messages. Il faut fusionner les mécanismes dans un enregistrement unique.
DMARC est-il obligatoire ?
Ce n’est pas une obligation légale générale pour les entreprises. En pratique, Gmail, Yahoo et Outlook.com exigent SPF, DKIM et DMARC des expéditeurs qui envoient de gros volumes, et l’ANSSI recommande ces trois mécanismes. Sans eux, vos e-mails risquent le dossier indésirables et votre domaine reste facile à usurper.
Combien de temps faut-il pour passer à DMARC p=reject ?
Comptez en général quelques semaines à quelques mois. Le délai dépend surtout du nombre de services qui envoient des e-mails à votre nom : il faut les identifier grâce aux rapports DMARC, configurer SPF et DKIM pour chacun, puis durcir la politique par étapes.
Sources
- IETF, RFC 7208 : Sender Policy Framework (SPF)
- IETF, RFC 6376 : DomainKeys Identified Mail (DKIM) Signatures
- IETF, RFC 9989 : DMARC (mai 2026, remplace la RFC 7489)
- IETF, RFC 9990 : rapports agrégés DMARC (mai 2026)
- Google, Consignes pour les expéditeurs d’e-mails (Gmail)
- Yahoo, Sender Best Practices (exigences de février 2024)
- Microsoft, Corriger l’erreur 550 5.7.515 dans Outlook.com (expéditeurs à fort volume)
- Microsoft Tech Community, Outlook’s New Requirements for High-Volume Senders (2025)
- ANSSI, Recommandations relatives à l’interconnexion d’un système d’information à Internet (SPF, DKIM et DMARC)
- KrakenShield, Baromètre 2026 de la sécurité des sites des 100 plus grandes villes de France




