Attaque par rançongiciel : que faire dans les 72 premières heures ?
Un écran de rançon s’affiche un lundi matin. Les décisions des trois jours suivants comptent autant que vos protections : voici, heure par heure, ce qu’une PME doit faire, ce qu’elle doit éviter et qui elle doit appeler.

Lundi, 7 h 40. L’accueil appelle : l’écran affiche « vos fichiers sont chiffrés ». À partir de cet instant, chaque décision compte, et certaines multiplient les dégâts : éteindre tout le parc, payer dans la panique, réinstaller avant d’avoir compris. Voici les 72 premières heures d’une attaque par rançongicielRançongiciel (ransomware)Logiciel malveillant qui chiffre les données d’une organisation et exige une rançon pour les restituer, souvent en menaçant aussi de publier les données volées. (ransomware), pour une PME sans équipe de sécurité dédiée. Imprimez cette page : le jour J, votre réseau ne sera peut-être plus accessible.
Comment l’attaque se prépare en amont : voir notre chapitre Rançongiciels.
La chronologie en un coup d’œil
| Quand | Priorité | Gestes clés |
|---|---|---|
| H+0 à H+1 | Contenir | Isoler sans éteindre, couper Internet, débrancher les sauvegardes, ouvrir la main courante |
| H+1 à H+4 | Alerter et s’organiser | Prestataire informatique, 17Cyber, assureur, cellule de crise, canal de secours |
| H+4 à H+24 | Comprendre et préserver | Preuves, périmètre touché, données personnelles concernées, message aux salariés |
| H+24 à H+72 | Remplir ses obligations | Plainte, notification à la CNIL, information des clients et partenaires |
| Après H+72 | Reprendre proprement | Porte d’entrée fermée, systèmes reconstruits, tous les secrets changés |
Ces créneaux sont indicatifs : les délais légaux courent dès que vous avez connaissance de l’attaque, pas à la fin de l’analyse.
H+0 à H+1 : contenir sans détruire
La première heure sert à une seule chose : empêcher l’attaque de s’étendre, sans effacer ce qui permettra de la comprendre.
- Débranchez du réseau les machines touchées (câble, Wi-Fi), mais ne les éteignez pas : leur mémoire contient des traces utiles aux enquêteurs. Si le chiffrement est visiblement en cours, Cybermalveillance.gouv.fr conseille la mise en veille prolongée plutôt qu’une coupure.
- Coupez l’accès Internet du réseau attaqué (box ou routeur) et les accès distants (VPN, bureau à distance). L’attaquant perd la main sur ses outils et ne peut plus emporter de données.
- Débranchez les sauvegardes encore connectées : ce sont souvent ses premières cibles.
- N’allumez pas les machines qui étaient éteintes : elles sont peut-être saines, gardez-les ainsi.
- Ouvrez une main courante, sur papier ou sur un appareil qui n’est pas relié au réseau : l’heure, le constat, l’action, son auteur.
Main courante · incident rançongiciel
07:40 Accueil (S. Leroy) Écran de rançon sur PC-ACCUEIL-02, photo prise
07:46 Informatique (K. Diallo) PC-ACCUEIL-02 débranché du réseau, laissé allumé
07:52 Informatique (K. Diallo) Box Internet coupée, NAS de sauvegarde débranché
08:05 Direction (A. Morel) Cellule de crise convoquée à 08:30, salle B
Ce journal servira aux enquêteurs, à l’assureur et au retour d’expérience.
L’ANSSI rapporte, dans son Panorama de la cybermenace 2025, le cas d’une organisation qui a coupé l’électricité de son centre de données pour stopper une attaque : l’aggravation a été évitée, mais l’activité a été totalement arrêtée, et durablement perturbée. Une extinction brutale efface des traces et peut empêcher des systèmes complexes de redémarrer. Isolez d’abord ; les décisions plus lourdes reviennent à la cellule de crise, avec un spécialiste.
Pendant ce temps, côté attaquant
Le chiffrement n’est que la fin de l’attaque. Avant lui, l’attaquant a souvent passé des jours à étendre ses droits, à passer de machine en machine (mouvement latéralMouvement latéralEnsemble des techniques qu’un attaquant utilise pour passer d’une première machine compromise aux autres machines du réseau, jusqu’à atteindre ses véritables cibles.), à copier des données et à détruire les sauvegardes. Dans les heures qui suivent, il peut encore être connecté, lire vos messages et préparer la publication des données volées.
H+1 à H+4 : alerter et s’organiser
Réunir la cellule de crise
Même dans une PME de vingt personnes, il faut savoir qui décide. Désignez au minimum un décideur (le dirigeant, qui arbitre arrêts d’activité, dépenses et messages publics), un pilote technique (informatique interne ou prestataire), une personne chargée de la main courante et un responsable des démarches : plainte, assureur, CNIL, messages aux salariés et aux clients.
Choisissez un canal de secours (téléphone, messagerie indépendante du système attaqué) et partez du principe que votre messagerie habituelle est lue.
Qui appeler, et pour quoi
| Contact | Quand | Pour quoi |
|---|---|---|
| Votre prestataire ou service informatique | Immédiatement | Confinement, premiers constats |
| 17Cyber (Police, Gendarmerie et Cybermalveillance.gouv.fr) | Dès la première heure | Diagnostic, conseils, mise en relation avec les forces de l’ordre et avec un prestataire labellisé ExpertCyber |
| Votre assureur (assistance du contrat cyber) | Dès que possible | Déclaration du sinistre, assistance d’urgence si le contrat la prévoit |
| Le CSIRTCSIRT / CERT (équipe de réponse aux incidents)Équipe dédiée à la réponse aux incidents de sécurité pour un périmètre donné (une entreprise, un secteur, une région, un pays), qui alerte, conseille et coordonne la riposte. de votre région | Si vous êtes une ETI, une collectivité ou une association | Orientation vers une assistance de proximité |
| Le CERT-FR (ANSSI), au 3218 ou au 09 70 83 32 18 | Si vous êtes une administration, un opérateur d’importance vitale ou une entité régulée | Signalement et appui, 24 h/24 |
| Votre banque | Dès que possible | Vigilance sur les fraudes au virement qui suivent souvent |
Votre contrat d’assurance fixe le délai de déclaration du sinistre, au moins cinq jours ouvrés (article L113-2 du Code des assurances). N’attendez pas : l’assistance ne démarre qu’après votre appel, et demandez-lui s’il prend en charge le prestataire de réponse à incidentRéponse à incidentEnsemble organisé des actions menées pour détecter une attaque, en limiter les dégâts, chasser l’attaquant, rétablir l’activité et en tirer les leçons. que vous comptez mandater.
H+4 à H+24 : comprendre et préserver les preuves
Sans savoir par où l’attaquant est entré, vous risquez de restaurer un système qu’il contrôle encore. Les premières heures d’investigation numériqueInvestigation numérique (forensique)Discipline qui collecte, préserve et analyse les traces numériques (disques, mémoire, journaux) pour reconstituer le déroulé d’un incident, avec une rigueur qui permet de les produire en justice. cherchent à répondre à quatre questions : par où est-il entré, depuis quand, qu’a-t-il touché, qu’a-t-il emporté ?
Conservez, ou faites conserver par un professionnel :
- les journaux du pare-feu, du proxy, du VPN et de l’Active DirectoryActive Directory (AD)Annuaire de Microsoft qui centralise les comptes, les mots de passe et les droits de la plupart des réseaux d’entreprise sous Windows : qui le contrôle contrôle tout le réseau., exportés avant d’être écrasés ;
- les machines touchées ou des copies de leurs disques ;
- la note de rançon et quelques fichiers chiffrés : un outil de déchiffrement peut être publié plus tard, notamment sur le portail No More Ransom, auquel participe Europol ;
- la main courante.
Ne réinstallez rien à ce stade : Cybermalveillance.gouv.fr demande de porter plainte avant de réinstaller les appareils touchés.
Faire le point sur les données personnelles
Même une PME sans fichier clients détient des fiches de paie, des coordonnées bancaires et des dossiers de salariés. Si l’attaquant a pu y accéder, les copier ou les détruire, il s’agit d’une violation de données au sens du RGPDRGPDRèglement européen, applicable depuis le 25 mai 2018, qui encadre l’utilisation des données personnelles et oblige chaque organisation à les protéger par des mesures de sécurité adaptées au risque.. Rassemblez déjà ce que la CNIL demandera : nature de la violation, catégories et nombre approximatif de personnes et d’enregistrements concernés, conséquences probables, mesures prises.
Parler aux salariés
Un message court, le jour même : ce qui se passe, dans la limite de ce qui est confirmé ; ce qu’il faut faire (ne pas rallumer un poste éteint, ne brancher aucune clé USB, signaler tout message suspect) ; à qui s’adresser. Le silence nourrit les rumeurs.
H+24 à H+72 : plainte, CNIL et clients
Porter plainte avant la 72e heure
Depuis le 24 avril 2023, l’article L12-10-1 du Code des assurances, créé par la loi LOPMI du 24 janvier 2023, subordonne l’indemnisation d’une cyberattaque à une plainte déposée au plus tard 72 heures après que la victime en a eu connaissance. La règle vaut pour les personnes morales et pour les professionnels.
Déposez plainte au commissariat, à la brigade de gendarmerie ou par écrit auprès du procureur de la République. Apportez la main courante, la note de rançon et les premiers constats techniques.
Notifier la CNIL
L’article 33 du RGPD impose de notifier une violation de données présentant un risque pour les personnes dans les meilleurs délais et, si possible, 72 heures au plus tard après en avoir pris connaissance. La notification se fait sur le téléservice de la CNIL. Vous n’avez pas encore toutes les réponses ? Envoyez une notification initiale, puis complétez-la. Au-delà de 72 heures, vous devrez justifier le retard.
Si le risque est élevé pour les personnes, par exemple lorsque des données bancaires ou de santé ont été volées, l’article 34 impose d’informer aussi les personnes concernées. Dans le doute, notifiez : la CNIL vous dira si cette information est nécessaire. Et même sans notification, chaque violation doit être documentée en interne.
La plainte (Code des assurances) et la notification à la CNIL (RGPD) ont chacune leur délai de 72 heures à compter de la connaissance de l’incident. L’une ne remplace pas l’autre. Si votre entreprise entre dans le champ de la directive NIS2, d’autres obligations de signalement s’ajouteront : consultez notre page NIS2.
Informer les clients et les partenaires
Restez factuel, sans spéculer sur l’auteur ni sur le volume de données touchées, avec un porte-parole unique. Prévenez en priorité les clients et fournisseurs avec qui vous échangez des fichiers ou des accès : l’attaquant peut se servir de vos contacts pour des messages piégés ou des fraudes au virement. Le guide de l’ANSSI Anticiper et gérer sa communication de crise cyber, mis à jour en juin 2026, propose dix fiches pratiques.
Après 72 heures : reprendre sur des bases saines
Tout redémarrer vite est la meilleure façon d’être chiffré une seconde fois.
- Fermez la porte d’entrée avant de rouvrir quoi que ce soit : correctif appliqué, service exposé retiré, double authentification ajoutée.
- Reconstruisez plutôt que de nettoyer : réinstallez les systèmes touchés depuis des sources de confiance, puis restaurez les données depuis une sauvegarde antérieure à l’attaque, vérifiée saine.
- Changez tous les secrets, depuis un poste sain : comptes d’administration et comptes de service d’abord, puis tous les utilisateurs, clés d’API, certificats et accès des prestataires. Si l’Active Directory a été compromis, Microsoft recommande de réinitialiser deux fois de suite le mot de passe du compte krbtgt, qui signe les tickets d’authentification Kerberos : il conserve l’ancien mot de passe, un seul changement ne suffit donc pas.
- Redémarrez par étapes, en commençant par les activités prioritaires, et surveillez de près toute nouvelle tentative.
- Faites le retour d’expérience : ce qui a fonctionné, ce qui a manqué, et un plan d’action daté.
Pour aller plus loin, voir notre chapitre Gérer un incident.
Ce qu’il faut avoir préparé avant
Tout ce qui précède se passe mieux quand il a été préparé à froid :
| À préparer | Pourquoi | Comment vérifier |
|---|---|---|
| Une fiche réflexe d’une page, imprimée et affichée | Le bon premier geste ne doit pas dépendre de la personne présente | Demandez à un salarié ce qu’il ferait face à un écran de rançon |
| Un annuaire de crise sur papier | La messagerie et l’annuaire en ligne seront peut-être inaccessibles | Prestataire, assureur et numéro de contrat, banque, 17Cyber, CSIRT régional |
| Une sauvegarde déconnectée ou non modifiable, selon la règle 3-2-1Règle de sauvegarde 3-2-1Règle simple de sauvegarde : 3 copies des données, sur 2 supports différents, dont 1 conservée hors site. | Un NAS toujours branché sera chiffré avec le reste | Une restauration complète testée, chronomètre en main |
| Un prestataire de réponse à incident choisi à l’avance | Signer en pleine crise fait perdre des heures | Contrat ou contact validé, compatible avec votre assurance |
| Un exercice sur table de deux heures | Une cellule de crise qui se réunit pour la première fois le jour J perd du temps | Scénario joué, rôles connus, contacts testés |
Enfin, réduisez les portes d’entrée. Pour les professionnels, rappelle Cybermalveillance.gouv.fr, les attaques passent le plus souvent par des accès exposés sur Internet (VPN, bureau à distance, équipements de bordure) dont une faille n’a pas été corrigée. L’audit de surface et le test d’intrusion non destructif de KrakenShield, mené uniquement sur votre autorisation écrite, recherchent ces failles avant les attaquants : découvrir les capacités.
À retenir
- Isolez les machines touchées du réseau sans les éteindre, coupez l’accès Internet et débranchez les sauvegardes : c’est le geste qui limite le plus les dégâts.
- Ne payez pas, n’effacez rien et ne réinstallez rien avant la plainte : les preuves servent à l’enquête, à l’assureur et à trouver la porte d’entrée.
- En France, l’assurance n’indemnise une cyberattaque que si la plainte est déposée au plus tard 72 heures après sa découverte (article L12-10-1 du Code des assurances).
- Si des données personnelles sont touchées, notifiez la CNIL dans les meilleurs délais et si possible sous 72 heures, quitte à compléter la notification ensuite.
- Préparez-vous avant : fiche réflexe imprimée, annuaire de crise sur papier, sauvegarde déconnectée et restauration réellement testée.
Questions fréquentes
Faut-il payer la rançon d’un rançongiciel ?
Non. L’ANSSI et Cybermalveillance.gouv.fr déconseillent de payer : rien ne garantit la clé de déchiffrement ni la suppression des données volées, et le paiement finance de nouvelles attaques. Le paiement n’est pas interdit en tant que tel en France, mais ne discutez jamais seul avec les attaquants : faites-vous accompagner par un spécialiste et votre assureur.
Faut-il éteindre un ordinateur infecté par un ransomware ?
En règle générale, non : débranchez-le du réseau (câble, Wi-Fi) et laissez-le allumé, car sa mémoire contient des traces utiles à l’enquête. Si le chiffrement est encore en cours, Cybermalveillance.gouv.fr conseille plutôt la mise en veille prolongée. Et n’allumez pas les machines qui étaient éteintes : elles sont peut-être saines.
Quel est le délai pour porter plainte après une cyberattaque ?
Pour être indemnisée par son assurance, une entreprise doit porter plainte au plus tard 72 heures après avoir eu connaissance de l’attaque (article L12-10-1 du Code des assurances, issu de la loi LOPMI du 24 janvier 2023). La plainte se dépose au commissariat, à la gendarmerie ou par écrit auprès du procureur de la République.
Faut-il prévenir la CNIL après une attaque par rançongiciel ?
Oui, si des données personnelles (clients, salariés, fournisseurs) ont pu être consultées, copiées, modifiées ou détruites et que cela présente un risque pour les personnes. La notification se fait dans les meilleurs délais et si possible sous 72 heures (article 33 du RGPD), via le téléservice de la CNIL, et peut être complétée ensuite.
Qui contacter en cas de cyberattaque dans une entreprise ?
D’abord votre prestataire informatique et 17Cyber (17cyber.gouv.fr), qui pose un diagnostic et oriente vers un prestataire labellisé. Ensuite votre assureur, la police ou la gendarmerie pour la plainte, et la CNIL si des données personnelles sont touchées. Les ETI, collectivités et associations peuvent aussi solliciter le CSIRT de leur région.
Sources
- Cybermalveillance.gouv.fr, Rançongiciels (ransomwares) : fiche réflexe
- Cybermalveillance.gouv.fr, Cyberattaque : que faire ? Guide pour les dirigeants (mis à jour le 17 mars 2026)
- Légifrance, Code des assurances, article L12-10-1 (plainte sous 72 heures)
- Légifrance, Code des assurances, article L113-2 (déclaration du sinistre)
- Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), articles 33 et 34
- CNIL, Notifier une violation de données personnelles
- CERT-FR (ANSSI), contact et déclaration d’incident
- ANSSI, Panorama de la cybermenace 2025 (CERTFR-2026-CTI-002, mars 2026)
- ANSSI, Anticiper et gérer sa communication de crise cyber (nouvelle version, juin 2026)
- Microsoft Learn, Microsoft Incident Response ransomware approach and best practices




